La mer au centre

 

Nous autres Français sommes de drôles de gens. Trop occupés à cultiver notre jardin, trop habités par les poèmes de Péguy, trop convaincus que seules les collines sont inspirées, trop façonnés par l’esprit de clocher, nous avons oublié que nous habitons le deuxième pays maritime du monde avec 11 millions de kilomètres carrés de domaine exploitable et 7 000 kilomètres de littoral ! Si nous nous pénétrions davantage de cette réalité, nous en tirerions un peu d’optimisme et pourrions corriger nos sempiternelles analyses sur le « déclin français ». L’avenir de la planète va en effet se jouer dans les mers. L’exploitation (raisonnée) des ressources maritimes pourra seule apporter des réponses aux défis économiques, alimentaires, énergétiques que la redoutable pression démographique (9 milliards d’humains en 2030) pose aux nations.

Déjà, sans que nous nous en rendions compte, la mer s’est invitée dans les moindres champs de nos existences. Savons-nous par exemple que 80% de la circulation des marchandises s’effectuent par voie maritime, que 80% des habitants du globe vivent à moins de 100 kilomètres du littoral ? La France a un rôle crucial à jouer dans cette nouvelle donne internationale où l’échiquier sera liquide. En juillet 2012, le Sénat a d’ailleurs produit un rapport au titre explicite (quoique disgracieux) : « Maritimisation, la France face à la nouvelle géopolitique des océans ». Et le Centre d’études de la Marine a publié un opus, “La Terre est bleue”, pour renchérir sur la nécessité d’ouvrir les consciences de nos concitoyens à l’urgence de se tourner vers la mer, de la questionner, de la protéger, de l’étudier, de l’exploiter raisonnablement. C’est ce message qu’exprime Erik Orsenna dans la préface donnée à cet ouvrage : « quelque chose me dit que la croissance dont nous avons tant besoin et que certains voulaient aller chercher avec les dents, c’est en mer, le long de nos côtes qu’elle se trouve ». À Dunkerque, le Festival des Écrans de la mer, organisé par La Guilde, n’a pas d’autre ambition que de mettre la mer à la place qu’elle mérite : au cœur de tous les enjeux.

Sylvain Tesson - président de La Guilde


Laisser un commentaire

Leave a Reply